
Le forum Shorex hanté par Madoff et par les commissions «occultes»
Signe de ces temps de crise, des sujets de discussion longtemps «tabous» commencent à s’inviter dans les rencontres des professionnels de la gestion de fortune. Mercredi, lors du forum Shorex, qui réunissait près de 1500 personnes à Genève, deux conférences ont osé aborder le problème des «rétrocessions» et celui des dédommagements de clients floués.
Celles-ci n’ont attiré qu’une audience réduite. Elles effleuraient pourtant des sujets au cœur de la défiance de la clientèle fortunée vis-à-vis de ses conseillers financiers.
Bruxelles vise les «rétros»
Secrétaire général de la Fédération européenne des conseils et intermédiaires financiers, Vincent Derudder a averti que, dans l’Union européenne, le but des régulateurs était d’atteindre une transparence totale sur les commissions cachées touchées par les conseillers. Cela concerne en premier lieu les «rétrocessions», ces commissions reçues des fabricants de fonds de placement désirant favoriser la prescription de leurs produits. L’affaire Madoff a montré les errements auxquels pouvait conduire ce type d’incitations. «Lorsque les clients ne sont pas informés de l’existence de telles rétrocessions, cela devient un problème éthique», a admis Vincent Derudder.
Une soixantaine de plaintes
Tout aussi sensible reste le sujet des procédures judiciaires intentées par des clients accusant leur conseiller de gestion déloyale. Le procureur Dario Zanni est venu rappeler à cet auditoire de professionnels que «plus d’une soixantaine de plaintes» ont été déposées à Genève dans le cadre de l’affaire Madoff. Ces plaintes visent des sociétés soupçonnées d’avoir canalisé l’argent de leurs clients vers l’escroc new-yorkais.
«Ce qui me choque dans ces affaires c’est la substitution d’intérêt qu’elles reflètent», poursuit le magistrat, en marge de la conférence. En clair, ces gérants «ont agi en leur faveur, non dans celle de leur client», au mépris des règles de vérification ou de diversification des placements.
Dédommager les victimes
Le procureur remarque également que «tous ces cas recelaient des versements de rétrocessions». Si cela ne permet en rien d’affirmer que de telles méthodes sont généralisées, «cela n’en est pas moins révélateur de l’existence de certaines pratiques, peu claires, dans la gestion de fortune» poursuit-il.
L’instruction des plaintes pénales touchant au versant genevois de l’affaire Madoff, vise à réprimer la criminalité financière, mais pas seulement, avertit Dario Zanni. «On est également plus soucieux du dédommagement des victimes, crucial pour que ces dernières perçoivent un sentiment de justice».
La justice genevoise a-t-elle les moyens de suivre toutes ces affaires? «Avec six magistrats s’occupant de criminalité économique, la dizaine d’inspecteurs de la brigade financière et quatre analystes financiers, on est à la limite de nos capacités», admet le procureur.
A l’en croire, cette multiplication des plaintes ne nuit pas à l’image de la place financière, comme certains professionnels le craignent. «Les investisseurs étrangers ont plus de raison de venir sur une place disposant d’une justice efficace… et nous ne gagnons rien à attirer ceux intéressés par un autre type de gestion, plus opaque» prévient le magistrat.
© 2009 Le Temps SA





