La peur de la fin du dollar fait monter l’or
La hausse semble la seule voie possible. Mardi, les cours de l’once de métal brillant ont brièvement fait une incursion au-delà des 1200 dollars l’once sur le Comex new-yorkais, avant d’osciller en fin de journée quelques dollars sous ce plafond. A Londres, sur le marché des lingots livrables immédiatement, les échanges se dénouaient à 1192,50 dollars, le prix officiel fixé dans l’après-midi.
Le mouvement emmène avec lui les autres métaux précieux. L’argent a grimpé à 18,75 dollars l’once, la même quantité de platine ne trouvant pas vendeur à moins de 1471 dollars.
L’épouvantail de l’inflation
Qualifiés de «gold bugs», les aficionados du métal brillant savourent leur revanche: cette envolée reflète, selon eux, l’écroulement du roi dollar. Prenez James Turk, patron de Goldmoney, une société s’occupant d’acheter et de stocker des lingots pour le compte de ses clients. S’exprimant mardi à Genève devant le public du Shorex – un salon dédié aux gérants de fortune – ce dernier n’a pas hésité à brandir la menace d’un retour de l’hyperinflation aux Etats-Unis, «comme dans l’Argentine des années 1980». A l’en croire, le déficit budgétaire de Washington force le pays «à émettre davantage de dettes que les marchés internationaux ne peuvent en absorber», au point que la Réserve fédérale doit maintenant souscrire elle-même à ces emprunts. James Turk voit l’or toucher les 2000 dollars l’once l’an prochain. Plus prudent – il voit le métal osciller entre 1200 et 1300 dollars dans les douze mois –, Erich Meier, spécialiste de la Banque cantonale de Zurich, estime pourtant lui aussi «que le système n’a plus d’alternative: il lui faut soit créer de l’inflation, soit sombrer dans la dépression».Pronostics apocalyptiques
L’assistance reste cependant dubitative. Un participant lance même une remarque piquante. «Ou est situé l’or conservé par ces fonds d’investissements? Si c’est aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne je n’en veux pas… vu que l’on me dit de ne plus faire confiance à ces gouvernements».
La demande de métal faiblit
Responsable de la recherche sur les investissements au sein du World Gold Council – la «voix» des groupes aurifères –, Rozanna Wozniak remet les pendules à l’heure, en faisant le point sur les quantités échangées au niveau mondial.
Selon elle, la hausse des cours est aujourd’hui moins soutenue par la demande de métal: entre juin et septembre 2009 celle-ci était inférieure d’un tiers par rapport à celle de l’été 2008. En réalité, c’est la diminution de l’offre qui entretiendrait l’appréciation actuelle. C’est en particulier le cas des quantités cédées par les épargnants indiens, qui contrôlent 18?000 tonnes de métal et peuvent faire bouger le marché mondial. «Ils ont vendu ce qu’ils voulaient en début d’année; maintenant, en dépit des niveaux de prix, ils hésitent, se demandent s’il ne faut pas attendre une prochaine baisse pour racheter», décrit Rozanna Wozniak.
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